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LE
LIN
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Le lin,
résolument moderne !
La
plus vieille plante textile du monde revient
à la mode, et c'est tant mieux !
Beau, résistant, isolant, le lin
est une plante écologique, peu gourmande
en produits phytosanitaires, et ne produisant
aucun déchet... Dans la maison, elle
trouve sa place pour de multiples utilisations.
Adoptez-la sans modération !
Qui dirait
que cette petite fleur bleue, violette ou
blanche, qui se balance délicatement
au bout d'une longue tige, des Flandres
à la Normandie, produit la fibre
naturelle la plus résistante et la
plus solide qui soit ?
Le lin est une culture capricieuse. "Il
faut être joueur avec la nature !"
commente Dominique Dubois, directeur du
CIPA Lin (comité interprofessionnel
de la production agricole du lin), "On
peut gagner sa vie avec, tout comme en dix
minutes, tout peut être par terre
!"
Le lin a besoin d'humidité, de soleil
et de vent. Un peu d'eau de temps en temps,
mais pas trop pour que la fibre ne devienne
pas cassante... Semé fin mars, il
fleurit vers la mi-juin, de jolies corolles
qui s'épanouiront aux heures les
plus chaudes de la journée. Des orages
à cette période-là
peuvent être catastrophiques.
Vers la mi-juillet, par temps sec, on procède
à l'arrachage, et on couche les touffes
sur le champ en vastes rubans. Démarre
alors une phase importante de la culture
du lin : le rouissage. La pluie, le vent
et le soleil, combinés aux champignons
et bactéries qui apparaissent, contribuent
à la dégradation des tiges,
et favoriseront l'extraction des fibres.
Le rouissage dure de trois semaines à
deux mois, selon les conditions météorologiques.
Il faut retourner les "nappes"
à mi temps pour obtenir un lin unicolore.
Puis elles sont enroulées en énormes
boules de 250 kg afin d'être transportées
et stockées.
Teilleurs,
de père en fils
L'arrachage,
le retournage et le ramassage se font avec
des machines spécifiques, qui appartiennent
souvent aux teilleurs, ceux qui vont transformer
le lin et en extraire tous ses composants.
Eric Vandenbulcke est teilleur près
de Cassel, dans les Flandres. Il aide son
père dans la SA créée
par son grand-père. Ils ont passé
contrat avec 95 cultivateurs, auxquels ils
vendent les semences. Ils les assistent
dans la culture, et supervisent l'arrachage
et le retournage. "Pour le ramassage,
on fait faire le travail par des agriculteurs
qui ont leur propres presses à paille,
et les équipent spécialement
pour le lin".
Les 800 hectares cultivés par leurs
clients fournissent aux quinze teilleurs
de l'entreprise du travail pour toute l'année.
La dernière récolte a été
bonne : 7200kg/ha, soit 5760 tonnes de lin."On
teille par lots complets, pour qu'il y ait
homogénéité"
explique Eric Vandenbulcke. Chaque parcelle
donne un lin aux qualités différentes.
La boule est déroulée, la
nappe avance dans la machine, et une sorte
de peigne décapsule les graines et
les envoie dans un éclateur. La paille
est broyée entre deux rouleaux dentés,
qui permettent de séparer la filasse
(fibres) des anas (brisures de bois ). La
filasse est ensuite teillée, c'est
à dire nettoyée complètement
avec un système de rotors et de couteaux.
Les anas restant, et les fibres courtes
(étouppe) sont aspirés, la
filasse sort en bout de chaîne telle
qu'elle sera livrée aux filatures.
Ramassée par poignées par
les teilleurs, elle est séparée
entre le lin homogène et le déclassé
(paquets malpropres, mal rouis, etc...),
et stockée par balles de 100 kg,
jusqu'à la visite des négociants.
Le cultivateur est payé en fonction
des quantités et qualités
de produits que le teilleur aura tirées
de son lin. D'une année sur l'autre,
cela peut varier du simple au quadruple
! "Je n'ai jamais vu un lot semblable
à un autre " commente Dominique
Dubois, "c'est une matière
vivante et passionnante, je me remets en
question chaque année !".
La parcelle, les amendements apportés,
la météo jouent sur la qualité
du lin. Il peut varier du gris au doré,
sera plus ou moins brillant, plus ou moins
résistant, plus ou moins fin. Pour
le tester, on tend une mèche entre
ses deux mains et on la brise d'un coup
sec. La façon dont elle se casse,
la résistance ressentie, le bruit
entendu, et la division des brins en fils
plus ou moins fins permettent de tester
sa qualité et de le classifier suivant
de multiples critères.
Le lin revient à
la mode
D'abord parce
que c'est une matière belle et noble.
Anallergique, antibactérien, il permet
de réguler la température
du corps qui le porte. Extraordinairement
résistant, il devient de plus en
plus beau au fur et à mesure des
lavages.
Sa culture est dans l'air du temps : elle
requiert dix fois moins de produits phytosanitaires
que celle du coton. Si l'on ne peut pas
resemer du lin sur une même parcelle
avant sept ans, y planter des céréales
à la suite est une très bonne
affaire : les rendements augmentent de 10
à 20 %. C'est donc une plante idéale
pour la rotation des cultures chère
à l'agriculture biologique.
On lui trouve enfin de nouvelles utilisations,
par exemple dans l'isolation des constructions,
ou bientôt comme combustible sous
forme de bûches agglomérées
avec de la paraffine. Et puis ses graines
sont bourrées d'Oméga 3, bonnes
graisses qui permettent de lutter contre
l'excès de cholestérol. Elles
peuvent être consommées telles
quelles (en bio principalement) mais servent
aussi à nourrir les animaux dont
les produits dérivés sont
valorisés avec le label "Blanc
bleu coeur".
Autant d'atouts qui font donc de la plus
vieille fibre textile du monde une plante
résolument moderne !
Véronique
Bourfe-Rivière
article basé
sur celui
paru dans Village Magazine
n°62 de mai-juin 2003
Contact
:
CIPA Lin, 133, rue de Warneton, Quesnoy-sur-Deûle,
59557 Comines cedex. Tel 03.20.78.92.49
SA Vandenbulcke, 546 route de Wemaers-Cappel,
59491 Hardifort.
Tel 03.28.42.43.44
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