... C'est à
cela, ou presque, que correspondrait le
fait d'utiliser un téléphone
portable ! Bien qu'il ne chauffe pas, les
effets de ce petit appareil de communication
mobile seraient en effet très préjudiciables
!
Alors y
a-t-il ou non un risque à utiliser
un téléphone portable ? Et
si oui lequel ? De nombreuses recherches
sont en cours, avec des résultats
contradictoires. Qui croire ? Comment se
prémunir ?
Jean-Pierre Lentin est journaliste scientifique.
Depuis vingt ans, il a rencontré
tous les chercheurs qui ont travaillé
ou travaillent encore sur les effets des
ondes électromagnétiques.
Il mène une incessante et rigoureuse
quête d'informations, qu'il vérifie
et recoupe. C'est avec lui que nous avons
fait le point.
Le téléphone
portable serait inoffensif pour certains scientifiques
et dangereux pour d'autres. Pouvez-vous nous
expliquer comment il est possible qu'on obtienne
des résultats aussi contradictoires
?
Jean-Pierre Lentin : "Il faut
considérer l'ensemble des résultats,
comme dans toute démarche scientifique.
Quand apparaissent des données inquiétantes,
même si ce n'est pas systématique,
il faut se méfier. C'est ce qu'on appelle
aujourd'hui le principe de précaution.
Dans le cas du téléphone portable,
sur l'ensemble des études menées
(*), il y en a pas mal qui montrent des effets.
Le problème, c'est que scientifiquement,
pour valider des résultats, on doit
répliquer l'expérience, c'est
à dire la reproduire dans les mêmes
conditions. Or la plupart du temps, les réplications
ne sont pas faites dans des conditions tout
à fait identiques, comme s'il y avait
une volonté de ne pas obtenir les mêmes
résultats !
Mais
comment est-ce possible ?!?
J.-P. L.
: Il faut d'abord souligner l'attitude des
industriels, qui ont lancé les produits,
avant de faire les études
Les
recherches sur l'électro-magnétisme,
dans le contexte universitaire où
elles sont menées n'intéressent
pas beaucoup de monde. Alors les seuls partenaires
financiers possibles, c'est l'industrie
de l'électricité, des télécommunications,
et les militaires ! Donc, tous ceux qui
ont commencé à voir des choses
dérangeantes ont eu leurs crédits
coupés. Ceux qui restent sont soit
de petits indépendants qui s'accrochent,
soit ceux auxquels on a renouvelé
leurs crédits, et qui font preuve
de beaucoup de mauvaise foi. Ils font des
recherches, sincèrement, mais tout
le dispositif est fait pour que leurs résultats
aillent dans un certain sens... !
Mais on n'avancera
jamais !?
J.P.L. : "Malgré tout,
il y a quand même plus d'expériences
de fond, menées par des personnes
nouvelles, par exemple le professeur Aubineau,
à Bordeaux, qui est microbiologiste
et donc pas spécialiste de l'électro-magnétisme
à la base. De plus en plus de recherches
montrent des explications possibles aux
phénomènes observés."
Et que montrent-elles
jusqu'à présent ?
J.P.L. : "Les recherches sur
les effets des champs électro-magnétiques,
c'est-à-dire ceux émis par
les lignes à haute-tension et autres
installations électriques en général
montrent deux types d'effets. D'abord, des
phénomènes de stress, avec
migraines, insomnies, vertiges, trous de
mémoire, irritabilité, un
épuisement des défenses immunitaires.
Et puis à plus long terme chez les
adultes des taux de cancer plus élevés,
des leucémies. Et aussi des leucémies
en plus grand nombre chez les enfants, parce
que leur organisme en plein développement
réagit plus vite aux toxiques de
l'environnement comme les champs électro-magnétiques.
Dans le cas du téléphone portable,
les effets sont plus ciblés : il
émet des micro-ondes, de très
haute fréquence, qui sont directement
absorbées par les tissus vivants
à proximité immédiate,
même les très petites doses.
Et en l'occurrence, c'est le cerveau qui
absorbe tout. Les expériences (*)
montrent qu'il y a une action mutagène,
des cassures de l'ADN, qui peuvent amener
à terme malformations génétiques,
cancers, ou maladies type Alzheimer ou Parkinson.
Le professeur Aubineau à Bordeaux
a montré que les micro-ondes du téléphone
portable affaiblissaient la perméabilité
de la barrière sang-cerveau, laissant
entrer des molécules indésirables.
On a à peu près la même
chose à cause des tubes cathodiques
des téléviseurs ou des écrans
d'ordinateurs
"
Et les antennes
relais des opérateurs, elles sont
aussi nocives ?
J.P.L. : Un des problèmes
justement, c'est qu'il n'y a absolument
aucune étude qui ait été
lancée sur les émissions des
antennes, elles portent toutes sur les téléphones.
L'agence de veille sanitaire, à laquelle
la direction générale de la
santé avait demandé de mener
une étude, a refusé de le
faire en prétextant que c'était
trop difficile, parce qu'il y a trop d'antennes
partout, plus ou moins près de tout
le monde. C'est pourtant exactement pour
cette raison qu'il faudrait faire une étude
! Et on sait qu'il y a des problèmes.
Il y a dans le sud de la France un éleveur
de faisans qui a constaté une mortalité
bien plus élevée depuis qu'il
a une antenne-relais près de son
élevage, tout comme une chercheuse
de Montpellier a eu 60 à 75% de pertes
supplémentaires sur des ufs
fécondés exposés à
un téléphone portable !
Alors, on ne peut
rien faire ?
J.-P.L. : " En Espagne, plusieurs
milliers d'antennes ont été
déplacées après des
vagues de protestation. En France, officiellement
aucune... Mais le sujet mobilise encore
peu de monde ! Pour l'instant, il existe
quelques associations d'habitants ou de
parents... Ce sont plutôt les maires
qui montent en première ligne, mais
ils n'ont jamais pu obtenir le déplacement
d'une antenne. A Lyon, la municipalité
a signé une charte avec les opérateurs,
pour essayer de réglementer les installations,
une autre est en préparation à
Paris. Mais on peut quand même espérer
que les choses évoluent, parce que
l'actuel ministre de la santé, Jean-François
Mattéi, est un des trois principaux
rédacteurs d'un projet de loi pour
appliquer le principe de précaution
en la matière
Propos
recueillis
par Véronique
Bourfe-Rivière
Interview
parue dans Consom'action n°17
Hiver 2002-2003
*Des études ont été
et sont encore menées dans le monde
entier. On peut en trouver une liste (incomplète)
sur le site www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/telephon
mobil/pdf/chap vi.pdf
-Effets génotoxiques sur l'ADN découverts
par Henry Lai, université de Washington,
avec le test Comet en 1994.
- Effets sur les ufs par Madeleine
Bastide, professeur à l'université
de Montpellier.
- Effets de stress par le britannique Allan
Preece en 1999 confirmée par une
étude finlandaise et par l'institut
du système nerveux central de Moscou
en 2000.
- Effets sur le sommeil par le laboratoire
de René de Sèzes à
Nîmes. -Modifications cellulaires
par l'Allemande Silke Winters.
- Augmentation des cancers : étude
australienne de Repacholi, Basten et Harris
publiée dans la revue Radiations
Research en avril 1997, étude du
Suédois Lennart Hardell publiée
en 2000, étude de l'américain
George Carlo publiée en juillet 2000.